Ce groupe est un poids lourd des biocarburants. Il fut créé en 1983 par des producteurs de colza et de tournesol, pour regrouper leur force et trouver de nouveaux débouchés, alimentaires ou non. Trente ans plus tard, Sofiprotéol est devenu un des acteurs incontournables de l’agriculture française. Il emploie 8200 personnes dans le monde, réalise 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires et partage le même président que la très puissante FNSEA, Xavier Beulin.
Le conglomérat possède une cinquantaine de sites de production en France, tous servant à la transformation des oléagineux*. Sofiprotéol, qui possède de nombreuses filiales, commercialise des huiles, sous la marque Lesieur et Puget notamment, mais aussi des tourteaux de colza pour bétail. C’est aussi le principal importateur de soja, complément protéique du maïs. Il est également entré au capital de Limagrain, groupe semencier coopératif parmi les leaders mondiaux avec plus de 1 milliard d’€ de chiffre d’affaire.
Dans ce dispositif, les biocarburants se taillent la part du lion. Car cette activité, qui a généré 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2013, est le point fort du groupe. C’est elle qui a permis de développer une bonne partie des usines car le marché est gigantesque. Ceux qui roulent en voiture diesel mettent jusqu’à 7 % d’agrocarburants dans leur réservoir sans même le savoir. Ce biodiesel, issu de l’huile de colza, de tournesol ou de soja, est essentiellement produit par Sofiprotéol, sa marque commerciale Diester étant devenue un terme générique.
« Sofiprotéol a ainsi été l’un des premiers à s’intéresser au biodiesel, y compris à un moment où le prix du pétrole était bas et la rentabilité loin d’être assurée. » Ainsi s’exprime la direction du groupe. Mais les choses ne se sont pas passées ainsi. Le risque était nul, car l’Etat y a pallié. Dans un rapport très détaillé sur les biocarburants, la Cour des comptes ne fait d’ailleurs pas la même analyse que le groupe. Les magistrats de la Cour relèvent que les agriculteurs« recevaient des aides pour ne rien produire sur leurs surfaces en jachère » et qu’ils pouvaient donc se contenter de céder leur colza à un prix « seulement un peu supérieur au coût marginal de production ». Un dispositif de subvention aux agriculteurs français qui « a permis à Sofiprotéol de démarrer de façon rentable sa filière Diester ». Ils estiment aussi que la filière « a bénéficié d’aides dont le montant ne peut être justifié par celui des investissements ». Les liens entre Sofiprotéol, la FNSEA et le ministère de l’Agriculture expliquant peut-être cela…
oléagineux : plantes riches en matière grasse


