maïs = soja en Amérique du sud = déforestation

Les accords de Bretton Wood de 1944 imposés par les américains aux européens, interdisaient quasiment la culture du soja en Europe non communiste. Depuis les années 70 le débat est vif entre américains et européens sur la question du soja en particulier et des protéines végétales en général. Les accords de Blair House de 1990 ont limité notre production d’oléagineux à ce qu’elle était à cette époque !

En France, le discours officiel de l’Agriculture intensive est : « il faut nourrir le Monde », sous-entendu les exploitants agricoles français vont assurer la chose. La réalité est plus complexe : les éleveurs/cultivateurs utilisateurs de maïs, faible en protéines végétales, ont besoin du soja. Un hectare de maïs français impose quasiment deux hectares de soja produit ailleurs ! On voit donc l’impasse d’une stratégie non indépendante basée essentiellement sur le maïs.

La question se pose alors : la mission de l’Agriculture française est-elle de nourrir le Monde et en a-t-elle les moyens ? Dit autrement, la mission de notre Agriculture n’est-elle pas d’abord d’assurer au peuple de France sa nourriture, dans de bonnes conditions nutritionnelles et sanitaires ? Poser cette question, c’est déjà y répondre.
En Argentine et au Brésil, et dans d’autres pays d’Amérique du sud, avec l’augmentation du prix du soja sur le marché international, une fièvre de « l’or vert » s’est emparée des agriculteurs locaux. En Argentine, le soja occupe désormais 17 millions d’hectares, soit 50 % de la surface cultivée du pays. Brésil, Argentine, Paraguay et Bolivie sont devenus d’importants producteurs de soja. De presque nulle en 1960, leur production est passée à plus de 100 millions de tonnes. Plus de 40 millions d’hectares de terres sud-américaines sont désormais consacrés à cette monoculture.

L’appétit pour le soja provoque une déforestation à grande échelle. En l’absence d’aménagement du territoire, l’avancée des cultures ne respecte qu’une loi, celle du plus fort. Les terres pour le soja sont gagnées sur la forêt, les savanes arborées du Cerrado brésilien, le Chaco argentin et paraguayen, les Yungas argentines et la forêt Chiquitana bolivienne, véritables trésors mondiaux de diversité biologique. Acclimaté aux conditions tropicales par les chercheurs brésiliens, le soja gagne désormais le bassin amazonien. Si le soja brésilien est à 70 % conventionnel, le soja argentin est presque entièrement transgénique, ce qui, outre les risques spécifiques liés à ce type de culture, entraîne des problèmes d’épandage d’herbicides.

Pour en revenir à la question du début, les propriétés céréalières françaises doivent faire rire les latifundistes* sud-américains qui possèdent des surfaces de centaines de milliers d’hectares* ! Qui nourrira le Monde bientôt, nous ou eux ? Il serait temps de tourner l’Agriculture française vers les intérêts des consommateurs français et européens.

*la plus grosse ferme argentine fait 1 million d’hectares  *latifundia : grande propriété familiale agraire avec un personnel pauvre et exploité