Marc Humbert, Professeur d’économie politique à l’université de Rennes.

Agriculture : pour sortir de l’impasse
Nos agriculteurs sont depuis 50 ans de bons élèves. De l’Europe, de la République, du Crédit Agricole, de la Mutuelle sociale agricole, de la FNSEA et des chambres d’agriculture. Pourtant ils sont dans l’impasse.
Pour la seule Bretagne, au cœur de la contestation actuelle, le nombre d’exploitations a baissé de 150 000, en 1970, à moins de 35 000. Certes elles sont plus grandes : 48 ha en moyenne au lieu de 13. Avec plus de salariés (un actif sur quatre), de gros équipements (500 000 euros en moyenne), et plus d’endettement (un taux moyen de 55%). Dans quinze ans, prédisent les calculs économiques, elles seront à peine plus de 20 000. Comment cette disparition de plus d’une exploitation sur trois va-t-elle se faire ?
Les éleveurs manifestent parce que le lait, le porc, les bovins sont achetés à un prix situé 40% en dessous de celui qui leur permettrait de vivre, frugalement. Ce prix résulte de la logique des marchés : nos éleveurs sont en concurrence avec des éleveurs européens dont les conditions de production sont différentes. Leur syndicat majoritaire, la FNSEA, ne se bat pas pour sauvegarder l’emploi ou la qualité, mais pour améliorer la productivité des plus compétitifs. Mais que ces compétitifs investissent et rachètent les plus faibles, n’inversera pas la tendance vers moins d’exploitations, plus grandes, plus équipées, avec plus de salariés, pour un revenu minime.
Pour organiser cette fuite en avant, la FNSEA veut 3 milliards d’euros et le répit d’un étiquetage de provenance… Même avec cela, le processus de compétition par les marchés, qui sera étendu par l’Accord transatlantique de libre échange, enfoncerait en fait les agriculteurs dans l’impasse. Pour en sortir, il faudrait renier la « religion intégriste » des marchés et organiser une agriculture nourricière, conviviale, celle qui nous lie les uns aux autres et à la nature.
Les pistes à creuser sont connues. En premier, privilégier les circuits courts et la souveraineté alimentaire. Produisons pour nous nourrir sans faire parcourir des milliers de kilomètres pollueurs à nos productions. Taxons de manière très progressive les produits agricoles selon les distances parcourues. Les fraises, les tomates – insipides – ayant fait mille kilomètres ne tenteront plus le consommateur.
« Privilégions les circuits courts »
Au lieu d’investir trois milliards d’euros pour agrandir les élevages, restructurons la production de nourriture sur nos territoires, préférons les élevages qui préservent nos nappes phréatiques, sans le secours de gros équipements. Pratiquons le soin au paysage, la biodiversité, l’agriculture en ville, la polyculture. Donnons aux animaux de l’herbe, des aliments cultivés localement, et non des produits importés. Aidons l’agriculture biologique, riche en emploi, moins gourmandes d’intrants lointains. Soutenons les productions locales de semences et d’équipement. Visitons les fermes, apprécions les traditions et les innovations culinaires pour redécouvrir des légumes variés et des viandes goûtées …
Mieux nourris, ayant renoué des relations de confiance avec les agriculteurs dont l’activité sera reconnue et leur vie pleine de sens, serions-nous en Utopie ? Non, si nous sommes assez nombreux à comprendre que c’est la seule voie de sortie, et que les énergies mobilisées parviennent à ouvrir le chemin en marchant.
Agriculture : pour sortir de l’impasse
Nos agriculteurs sont depuis 50 ans de bons élèves. De l’Europe, de la République, du Crédit Agricole, de la Mutuelle sociale agricole, de la FNSEA et des chambres d’agriculture. Pourtant ils sont dans l’impasse.
Pour la seule Bretagne, au cœur de la contestation actuelle, le nombre d’exploitations a baissé de 150 000, en 1970, à moins de 35 000. Certes elles sont plus grandes : 48 ha en moyenne au lieu de 13. Avec plus de salariés (un actif sur quatre), de gros équipements (500 000 euros en moyenne), et plus d’endettement (un taux moyen de 55%). Dans quinze ans, prédisent les calculs économiques, elles seront à peine plus de 20 000. Comment cette disparition de plus d’une exploitation sur trois va-t-elle se faire ?
Les éleveurs manifestent parce que le lait, le porc, les bovins sont achetés à un prix situé 40% en dessous de celui qui leur permettrait de vivre, frugalement. Ce prix résulte de la logique des marchés : nos éleveurs sont en concurrence avec des éleveurs européens dont les conditions de production sont différentes. Leur syndicat majoritaire, la FNSEA, ne se bat pas pour sauvegarder l’emploi ou la qualité, mais pour améliorer la productivité des plus compétitifs. Mais que ces compétitifs investissent et rachètent les plus faibles, n’inversera pas la tendance vers moins d’exploitations, plus grandes, plus équipées, avec plus de salariés, pour un revenu minime.
Pour organiser cette fuite en avant, la FNSEA veut 3 milliards d’euros et le répit d’un étiquetage de provenance… Même avec cela, le processus de compétition par les marchés, qui sera étendu par l’Accord transatlantique de libre échange, enfoncerait en fait les agriculteurs dans l’impasse. Pour en sortir, il faudrait renier la « religion intégriste » des marchés et organiser une agriculture nourricière, conviviale, celle qui nous lie les uns aux autres et à la nature.
Les pistes à creuser sont connues. En premier, privilégier les circuits courts et la souveraineté alimentaire. Produisons pour nous nourrir sans faire parcourir des milliers de kilomètres pollueurs à nos productions. Taxons de manière très progressive les produits agricoles selon les distances parcourues. Les fraises, les tomates – insipides – ayant fait mille kilomètres ne tenteront plus le consommateur.
« Privilégions les circuits courts »
Au lieu d’investir trois milliards d’euros pour agrandir les élevages, restructurons la production de nourriture sur nos territoires, préférons les élevages qui préservent nos nappes phréatiques, sans le secours de gros équipements. Pratiquons le soin au paysage, la biodiversité, l’agriculture en ville, la polyculture. Donnons aux animaux de l’herbe, des aliments cultivés localement, et non des produits importés. Aidons l’agriculture biologique, riche en emploi, moins gourmandes d’intrants lointains. Soutenons les productions locales de semences et d’équipement. Visitons les fermes, apprécions les traditions et les innovations culinaires pour redécouvrir des légumes variés et des viandes goûtées …
Mieux nourris, ayant renoué des relations de confiance avec les agriculteurs dont l’activité sera reconnue et leur vie pleine de sens, serions-nous en Utopie ? Non, si nous sommes assez nombreux à comprendre que c’est la seule voie de sortie, et que les énergies mobilisées parviennent à ouvrir le chemin en marchant.


